Gérard Picard

Le 28 août 2013 quelque part en banlieue toulousaine.

Medeya Lemdiya : Comment avez-vous attrapé le « virus » de la peinture ? Y a-t-il eu un déclic, un déclencheur ?

Gérard Picard : J’ai toujours peint… même tout petit je peignais.

Ensuite…  c’est l’histoire de rencontres.

J’ai rencontré beaucoup de monde sur Toulouse dans les années 70/80. J’ai réellement  commencé la peinture via le surréalisme en découvrant Dali, Magritte. J’étais adolescent et l’aspect provocateur de ce courant pictural m’a emballé.  Par la suite je m’en suis un peu éloigné.

Depuis, je ne me suis jamais  arrêté de peindre même si je peins par période. Il  faut dire que pour moi, la peinture est juste un hobby. Ce n’est pas mon travail. Ce n’est pas ce qui me fait vivre.

 

ML : Cela ne vous a jamais tenté de vous professionnaliser ?

GP : Dans les années 80, j’ai beaucoup fréquenté les milieux picturaux  et les peintres de Toulouse. Constatant la galère dans laquelle ils étaient tous plus ou moins, cela ne m’a jamais forcément tenté.

C’est une passion raisonnée. Le revers de la médaille c’est que l’on progresse moins vite qu’un professionnel qui peindrait tous les jours…

 

ML : Avez-vous suivi une formation particulière ?

GP : J’ai suivi quelques ateliers dans les années 80, à la Fac du  Mirail et également au Centre Culturel de Toulouse où je me suis, entre autres choses, un exercé au dessin de nu. J’ai de nouveau fréquenté ce type d’ateliers dans les années 2000. Par la suite, c’est le contact des autres peintres, les échanges  et les expositions qui m’on fait et me font progresser.

 

ML : Parmi vos expositions, quelles sont celles qui vous ont  le plus marqué et pourquoi ?

GP : Je ne fais pas énormément d’expositions en ce moment. Dans les années 80, en revanche, j’exposais régulièrement. Dans ces années là,  j’ai participé à un évènement qui m’a marqué. Il y avait une grande exposition « officielle » organisée tous les ans mais elle ne plaisait pas aux peintres de Toulouse de l’époque. On a donc décidé de faire notre propre  exposition (Maxima Urbis Pinacoteca en 1987). On a réquisitionné un local situé derrière la Place St Georges qui faisait plus de 500m². On a tout nettoyé, tous organisé de A à Z en un mois…  On devait être une centaine de peintres à participer. C’était une de mes premières expositions et …un grand moment de peinture pour moi… Il y avait une belle  dynamique,  une histoire de partage avec d’autres artistes.

Mon moteur de peintre est de pouvoir partager et c’est ce que me permet de faire la galerie « La Mosaïque »

 Cette notion de partage est ce qui m’a toujours intéressé mais également déçu car je me suis rendu compte que les peintres étaient très égoïstes et individualistes. Ils sont souvent avares de partage, de connaissances  et gardent secrètement leur savoir faire et leurs informations. Ce partage, cette communication, c’est justement ce que je trouve de captivant.

ML : Comment définiriez-vous votre style de peinture ?

GP : Ce qui se rapproche le plus de ce que je fais aujourd’hui, c’est le Pop’art, mais ce n’est pas une finalité en soi.

J’ai vu l’exposition d’Andy Warhol à Paris il y a 2 ou 3 ans lors de laquelle  je me suis rendu compte que les tableaux qui me parlaient le plus, étaient ceux représentant des célébrités. Les  portraits d’inconnus nous paraissent plus banals, ils parlent moins à l’inconscient collectif et, suite à cela, j’ai eu envie de faire quelque chose en peignant des célébrités. Je me suis lancé dans les  portraits d’actrices et d’acteurs de cinéma.  J’en ai fait beaucoup et j’en ai dégagé mon style. J’aime les aplats, les choses bien faîtes.

Ceci dit, la dernière série que j’ai réalisée est vraiment  beaucoup plus inspirée des courants picturaux des années 1900-1930 avec des peintres comme Klimt ou Mucha ou Odilon  Redon.  Ce ne sont pas les peintres avec lesquels j’avais le plus d’affinité…  De toute façon, j’aime toutes les peintures…

 

ML : Quelle exposition vous a le plus marqué ?

GP : L’exposition qui m’a le plus marqué, celle  qui m’a fait basculer dans la peinture est la dernière exposition  de Picasso de son vivant en 1973 (que j’ai eu la chance de voir à Avignon).  Cela  a été un choc !!

J’ai subi un  second choc  lors d’une autre exposition de Picasso  « La dation de Picasso » organisée  après sa mort à Paris. Là, j’ai vu ce que c’était un Maître, pour moi le plus grand du 20ème siècle.

Lors de la réalisation de mes dernières toiles,  j’ai essayé de rassembler  mes connaissances, en particulier sur les peintres du 20ème siècle. Je regarde cependant toujours ce qui ce faisait avant, mais c’est surtout toute la peinture du 20ème siècle qui m’intéresse le plus.

Je me suis donc inspiré de divers courants et spécialement des années 1900-1930. C’est un courant de peinture  plein de gaieté. Je souhaitais qu’il y ait beaucoup de couleurs,  de joie.  Je ne voulais pas d’une peinture torturée.

 

ML : Considérez-vous la peinture comme un exutoire ?

GP : Non. Enfin… si ! Quand je peins, je suis dans mon monde à moi. Quand je peins, je mets des écouteurs dans les oreilles et j’écoute la musique à fond !

 

ML : Qu’écoutez-vous comme musique ?

GP : J’écoute les musiques de mon  adolescence, des années 70. Pink-Floyd, Doors, beaucoup de Blues.

 

ML : Etes-vous un personnage plutôt nostalgique ?

GP : Je pourrais vous citer le titre du dernier livre d’Amélie Nothomb « Nostalgie  heureuse ».

Je ne suis pas d’une nostalgie triste. Je suis heureux  d’avoir vécu  mon adolescence dans les années 70 et non pas de nos jours. Il m’arrive tout de même d’écouter des musiques d’aujourd’hui, mais pas lorsque je peins. Devant la toile, j’aime retrouver mes bases d’adolescence.

 

ML : Quels sont vos peintres contemporains de référence ?

GP : En ce qui concerne les peintres actuels, j’aime le figuratif. J’ai du mal à appréhender tout ce qui est abstraction pure. Lorsque j’ai l’occasion d’aller à Paris, je vais dans les galeries voir ce qu’il s’y passe, surtout la galerie Claude Bernard.

J’ai apprécié l’exposition Ronan Barrot,  et j’ai également été marqué par  l’exposition  de Paul Rebeyrolle, toujours à la galerie Claude Bernard. Il est mort dans l’année qui a suivi. Je vois des artistes récents qui me  frappent, qui me touchent  mais de là à ce qu’ils m’inspirent… pas forcément.

Cependant, mon regard évolue. J’observe beaucoup le Street Art car il  y a des choses très intéressantes. Je pense que c’est la peinture d’aujourd’hui. C’est une peinture qui laissera une trace dans l’histoire de l’Art. Je m’en suis rendu compte il n’y a pas très longtemps. Il y a une force terrible derrière ce mouvement artistique.

ML : Votre vie a-t-elle une prise directe sur votre peinture ?

GP : Cela dépend des périodes. J’ai fait des toiles sur l’Afrique dans les années 80 parce que je rêvais d’Afrique. D’ailleurs, je suis allé y travailler 2 ans.

 

ML : J’ai vu une série de toiles sur le thème de la montagne… ?

GP : Oui.  C’est une autre passion…après la peinture. Ou avant…

 

ML : Qu’est-ce qui fait le lien entre les 2 ?

GP : Justement ! J’ai voulu créer ce lien. J’ai réalisé une série que je ne trouvais pas si réussie que ça…Mais j’ai pris beaucoup de plaisir à la faire. Aujourd’hui, si je devais le refaire, je le referais différemment. Il n’est pas dit que je ne le refasse pas d’ailleurs.

Ce n’est pas facile de peindre la montagne. Peindre la nature ce n’est pas mon truc ! Beaucoup le font beaucoup mieux. L’intérêt, c’était de peindre quelque chose qui me tenait à cœur.

La montagne c’est comme la peinture, c’est un plaisir solitaire qui se partage à plusieurs.

D’où l’intérêt pour moi d’exposer… Le partage. J’aime aussi  partager avec d’autres peintres, savoir ce qu’ils font, hors exposition. Honnêtement,  je m’inspire des autres peintres. Quand je vois des expositions, je suis hyper motivé pour peindre. On voit les choses … On essaie de les mettre quelque part dans son âme, de se les approprier.

Ma peinture est tout de même plus  liée à une  certaine iconographie cinématographique, à l’actualité… On est  dans une société d’images ! Cependant…Un livre peut être ma source d’inspiration. La série  de toiles que j’ai réalisée intitulée  « Les fleurs du Mâle », s’inspire du livre « L’écume des jours ».

Ce lien  entre cette femme et la fleur qui poussait en elle m’a inspiré un tableau et ce titre « Les fleurs du Mâle ». Le titre m’a donné le concept.

 

ML : Avez-vous autre chose en tête ?

GP : J’essaie de faire autre chose. Mais, tout d’abord, d’arriver au bout de ma série.  Beaucoup de peintres font des séries. L’intérêt est de rendre cohérent une exposition par exemple. Cependant, il arrive que l’on parte sur un sujet, que l’on tente de le développer et que, au bout de 3 tableaux, cela ne donne plus rien. C’est épuisé.

 

ML : Vous peignez toujours à l’acrylique ?

GP : J’ai fait un tableau à l’huile.

 

ML : C’était un test ?

GP : Oui, c’était pour voir… Je peins beaucoup par superposition…Le problème de l’huile, pour ma part, c’est que cela ne sèche pas vite. L’acrylique me convient bien pour une question pratique et  technique également.

 

ML : Lorsque vous démarrez une toile, avez-vous un protocole particulier ?

GP : En discutant avec d’autres artistes, on m’a fait comprendre que j’étais presque devenu un artisan.

 

ML : Quelle différence faites-vous entre artiste et artisan ?

GP : Un artisan est celui qui reproduit et un artiste doit créer quelque chose.

 

ML : Alors pourquoi dire de vous que vous êtes un artisan ?

GP : En fait, une grande partie de ma création se fait en amont. Je prépare tout sur ordinateur. Je vais chercher des images. Je les travaille. Je fais des superpositions. J’essaie plusieurs choses. Je teste mes couleurs. Je construis mon tableau sur ordinateur.

ML : Comme des schémas préparatoires ?

GP : Voilà ! Par la suite j’applique la technique des carreaux pour mettre au format souhaité.

Mais toute la partie création, je la fais avant. Parfois, on  me dit : « Tu devrais imprimer ce que tu fais ! ». Non, moi, ce qui m’intéresse c’est de peindre.

En revanche, l’intérêt de préparer sur ordinateur, c’est que je  vois à peu près ce que cela va donner. Je peux travailler ma composition avant ce qui me permet de voir si cela  tient la route ou pas. Cela me rassure. Si je devais attaquer  ma toile toute nue, je suis sûr que ce ne serait pas  suffisamment bien cadré. Ou alors il faudrait que j’en fasse beaucoup et je n’ai pas ce temps là.

 

ML : Quelles sont vos habitudes pour peindre ?

GP : Par période. Je peins surtout l’automne, et au  printemps. Pas du tout l’été. Je profite du beau temps. Ce sont les vacances !

Par contre, passé l’été, les pinceaux me démangent ! Des images commencent à se former dans ma tête…

 

ML : Vous ne faites pas de très grands formats ?

GP : Je vais en refaire mais pas de très grands. J’en ai fait dans les années 80-90. Je faisais des choses de 2m sur 2 ! Je fais  effectivement beaucoup de petits formats car c’est plus pratique  pour exposer en galerie ou autres et pour proposer des prix plus accessibles.

 

ML : Combien de temps mettez-vous à faire une toile en moyenne ?

GP : En moyenne,  30h de peinture et presqu’autant de préparation, sur des formats 50x60 qui sont mes formats de prédilection. Ceci dit, comme je souhaitais faire plus de salons, j’ai travaillé sur de plus grands formats. Pour imposer sa peinture dans les salons, il faut peindre en grand.

Puis, quand je suis repassé du grand format au petit, j’ai eu un peu de mal. Le petit format retient le geste ... Faire du grand format  libère le geste.

 

ML : Dans la pratique, quelles sont vos conditions matérielles pour peindre ?

GP : En principe, je peins sur chevalet, parfois sur table si je fais très léger. Mais, de toute façon, Je ne suis pas un fana de la dégoulinade. Il m’arrive aussi de faire du pochoir. Pour cela je m’installe sur table.

Je peins au pinceau. J’ai fait du couteau mais c’est très difficile, et surtout cela ne me correspond pas vraiment. J’applique très peu de matière, même si je fais beaucoup de superpositions.

 

ML : Vous utilisez beaucoup le blanc… 

GP : Oui. Beaucoup. D’ailleurs j’aime beaucoup Gérard Garouste, il utilise le blanc pour rehausser ses tableaux.

J’ai commencé à utiliser des poscas sur mes derniers tableaux.

Je ne suis pas adepte du collage mais il n’est pas dit que je n’en fasse pas.

 

ML : Si vous deviez discuter peinture avec un artiste, quel serait-il ?

GP : Picasso

 

ML : Qu’est-ce qu’il vous  reste à réaliser artistiquement ?

GP : C’est difficile aujourd’hui car je n’ai pas assez de temps pour m’occuper de moi exclusivement, vu que je travaille et que je m’occupe d’une galerie.

Je regarde surtout  les galeries associatives pour exposer, je ne compte pas sur les galeries privées. C’est un marché totalement différent qui ne m’est pas du tout accessible. J’ai essayé dans les années 80. En France, on n’est pas reçu.

 

ML : Quels sont vos projets d’expositions prochainement ?

GP : Pour 2014, ce sera surtout des salons

 

ML : De façon plus générale et pour en savoir plus sur votre personnage, jouons au thème de l’île déserte…Si   vous deviez vous exiler sur une île déserte…

Quel film emporteriez-vous ?

GP : « Mort à Venise » de Luchino Visconti.

ML : Quel  livre ?

GP : « J’irai cracher sur vos tombes » de Boris Vian.

ML : Quel album de musique ?

GP : Pink Floyd (Ummagumma)

ML : Lequel de vos tableaux ?

GP : Le dernier que j’aurai fait

 

ML : S’il vous restait un voyage à faire ?

GP : New York

 

ML : Quand vous étiez petit, aviez-vous des ambitions particulières ?

GP : Dans les années 70, le travail n’était pas une valeur à l’ordre du jour…

 

Merci Gérard !

Retrouvez Gérard Picard sur son site Web.

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