Yannick Mahé

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RankArt : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

Yannick Mahé : 2 nationalités, 3 métiers, 50 balais, environ 300 toiles … un nuage de tag pour me présenter contiendrait les mots suivants : art, science, media numérique, pédagogie.

 

RankArt : Pratiquez vous la peinture pour votre loisir ou en tant que professionnel ?

Yannick Mahé : C'est en 2008 que j'ai commencé la peinture acrylique, donc assez tardivement car j'avais déjà plus que 40 ans. Et depuis trois ans maintenant je pratique la peinture très intensément. Mais d’ici à qualifier ceci de professionnel, c’est difficile car je ne vis pas de ma peinture. D’ailleurs se pose la question de ce que veut dire "être professionnel": n’est-ce pas le fait d’avoir acquis une expérience ou une maîtrise qui fait de nous des « professionnels », ou est-ce d’exercer une activité qui nous permette de subsister aux besoins et aux coûts de la vie? En tous les cas, la peinture n'est pas mon gagne-pain, et si je regrette le fait que pour gagner ma vie je dois accorder beaucoup de temps à une activité qui me passionne moins, j'apprécie en même temps que cela me procure une réelle liberté artistique. Je ne suis pas piégée par la tentation de peindre des œuvres qui se vendent et répondent à une attente d'un client ou d'un marché.

 

RankArt : Quel a été le parcours professionnel et/ou artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste ?

Yannick Mahé : J’ai grandi en Allemagne où depuis longtemps la pratique artistique est inscrite dans les activités scolaires. D’ailleurs, j’ai encore un bon souvenir d’un prof d’art pour sa méthode d’enseignement peu conventionnelle. Plutôt que de nous demander à dessiner un portrait, il nous faisait gribouiller au crayon sur un papier, et ce n’est qu’après quelques minutes qu’il nous incitait à « modeler et sculpter » un visage dans ce gribouillage. J’ai d’ailleurs très vite eu une approche abstraite dans mes créations artistiques. Mais je me doutais qu’il allait être difficile de vivre de l’art, et j’ai donc choisi une voie professionnelle scientifique. Mes recherches en biologie moléculaire et cellulaire m’ont ensuite un peu éloigné de l’art. C’est quand j’ai commencé à faire de la vulgarisation scientifique avec des films d’animation pour le web que j’ai renoué avec une activité artistique. J’ai trouvé beaucoup de plaisir dans ce nouveau métier car il y avait aussi place à la créativité. Au fur et à mesure, j’ai développé une pratique artistique régulière en parallèle de mon travail. C’est à travers des ateliers et stages auprès d’artistes dont j’apprécie le travail que j’évolue : l’acrylique et l’abstraction chez Beate Bitterwolf ; la gestuelle et libre expression chez Antonio Ros Blasco et Jürgen Stimpfig, et puis la couleur et la composition chez Martin Bissière.

  

RankArt : Pourquoi avoir choisi la peinture comme mode d’expression plutôt qu’un autre ? Quel a été le déclic ?

Yannick Mahé : Le déclic était probablement le stage que j’ai fait chez l’artiste allemande Beate Bitterwolf ; elle fait travailler l’abstraction sur des grands formats et avec de la peinture acrylique assez liquide préparée à partir de pigments. Aujourd’hui je ne considère plus ceci comme grands format, mais à l’époque 1m sur 1m me paraissait énorme. En tous les cas, passer à ces formats oblige d’être plus généreux dans sa gestuelle lorsqu’on applique la peinture sur la toile.

Si j’ai choisi la peinture plutôt qu’une autre expression artistique (cinéma, musique, …) c’est aussi parce qu’on n’a pas besoin de grande chose, et que c’est un art qui peut s’exercer seul, … et donc il n’y a nul besoin de faire des concessions et de rendre des comptes à qui que ce soit. C’est un sentiment d’extrême liberté, j’apprécie terriblement cet état.

 

RankArt : Votre vie et ses étapes influencent-t-elles votre art et de quelle manière ?

Yannick Mahé : Je travaille dans la fonction publique, et évoluer professionnellement dans ce milieu aboutit malheureusement souvent dans des taches assez technocrates. Probablement c’est cette frustration quotidienne qui me pousse de manière addictive de faire de plus en plus de peinture ces dernières années pour préserver ce qui m’est important : cette totale liberté que je ressens quand je suis face à la toile. C’est devenu un besoin viscéral.

 

RankArt : Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos œuvres à quelqu’un qui n’a jamais vu une de vos œuvres ?

Yannick Mahé : Je trouve cela toujours difficile de parler de mon travail artistique, surtout puisqu’il s’agit de peinture abstraite. Si la peinture ne se suffit pas à elle même pourquoi alors ne pas choisir d’office le verbe comme mode d’expression ? L’art en général doit pouvoir générer des émotions. Si il faut dire quelque chose sur mes peintures, c’est certainement qu’il y a une recherche en couleur et des formes organiques en mouvement. Mais la couleur et la forme, ne sont-elles pas les éléments fondamentaux de toute peinture ?

En fait, je n’ai pas de réelle éducation d’histoire de l’art. Curieusement ce n’est que maintenant que je commence à me créer mes références artistiques. Souvent c’est par le regard des autres et leur réactions à mes peintures : « ça me fait penser à Joan Mitchell », « connais-tu Per Kirkeby ?», « tiens on dirait un peu du William de Kooning »… et c’est ainsi avec des noms que j’ignorais auparavant que peu à peu je me construis mon univers de références d’artistes. Des artistes pour lesquels je ressens une familiarité et qui m’influencent et laissent en quelque sorte aussi leurs traces dans mes peintures. Aujourd’hui j’ose dire que mon travail artistique s’inscrit dans la continuité de l’abstraction lyrique. J’applique la couleur en agençant des coups de pinceaux ou par projections, … acceptant les coulures et faisant surgir quelque chose de sauvage.

La peinture est un terrain de jeu expérimental pour moi ou l’on peut laisser place au hasard, et à la fois essayer à le maîtriser … puis, souvent être surpris par soi-même.

RankArt : Pourquoi ces choix de sujet, de technique, de style ?

Yannick Mahé : L’abstrait est une évidence pour moi en peinture. En fait, il y a très peu de peintures figuratives que je trouve intéressantes. J’adhère à la citation de Jean Cocteau: « La peinture est de plus en plus proche de la poésie, maintenant que la photographie l'a libérée du besoin de raconter une histoire. »

Si j’aime bien la peinture abstraite c’est qu’il y a quelque chose de spontané et instantané, et aussi une rapidité dans la création. Je n’aurais pas la patience de travailler des semaines sur la même œuvre.

L’acrylique permet cette rapidité du travail, et on peut à la fois travailler en appliquant de la matière en épaisseur et de manière très diluée pour obtenir des transparences ressemblant à l’aquarelle.

 

RankArt : Qu’est ce qui, de façon générale influence votre peinture (peintre, cinéma, musique, auteur…)?

Yannick Mahé : La musique et la danse contemporaine sont les autres formes d’arts qui m’inspirent beaucoup, probablement parce qu’ils ont en commun avec ma peinture le rythme et le mouvement. Ma peinture est en quelque sorte une chorégraphie projetée sur un support avec parfois du «adagio » et pour la plupart du temps du « vivace ».

 

RankArt : Quel est le point de départ d’un tableau, la genèse d’une œuvre (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça…) ?

Yannick Mahé : Souvent je commence une toile par l’envie d’une couleur et un geste spontané, puis ma peinture se construit au fur et à mesure selon l’équilibre que revendique chaque intervention sur la toile, qu’il s’agisse d’ajout de contraste, de couleur ou de structure. Jusqu’au moment où il me semble avoir atteint un état d’équilibre esthétique.

 

RankArt : Avec quel peintre d’hier auriez-vous aimez vous entretenir ? Et pourquoi ?

Yannick Mahé : Hundertwasser, un peintre autrichien avec un univers très coloré et un esprit joueur qu’il a d’ailleurs aussi mis en œuvre dans ses projets architecturaux. Mais au-delà, Hundertwasser était aussi un philosophe, un écologiste, un expérimentateur... bref, un humain aux multiples facettes et avec qui j’aurais aimé pouvoir discuter de divers sujets qui m’animent également.

 

RankArt : Et parmi vos contemporains ?

Yannick Mahé : Plutôt que de m’entretenir, j’aimerais regarder peindre un certains nombre d’artistes : Fabienne Verdier, Joe Bradely, Zhu Jinshi … pour en nommer quelques uns. Je trouve qu’on apprend beaucoup à observer le processus créatif des artistes.

 

RankArt : Pouvez-vous nous citer un tableau que vous rêveriez de voir en vrai ? Pourquoi ce tableau ?

Yannick Mahé : Impossible de citer un unique tableau, mais certainement mon choix serait de l’abstrait et du grand format… tout tableau de très grand format mérite être vu en vrai parce qu’il y a une émotion particulière qui s’en dégage qui ne peut être transmise via des reproductions de petites tailles.

 

RankArt : Selon vous, à partir de quel moment un peintre, un photographe, un musicien… devient un artiste ?

Yannick Mahé : Quand on est habité par ce besoin pressant de créer.

 

RankArt : Quelle est l’exposition d’un autre artiste qui vous a le plus marqué ?

Yannick Mahé : « XYZT Les paysages abstraits » d’Adrien Monot et Claire Bardainne. Ce duo crée des œuvres esthétiques à l’interface du spectacle vivant et l’art numérique. L’exposition consistait en une dizaine d’installations qui invitent le visiteur à interagir avec la lumière, des interactions qui génèrent des mouvements d’éléments lumineux abstraits.

 

RankArt : Quel est votre plus fort souvenir d’exposition personnelle et pourquoi ?

Yannick Mahé : La toute première, parce que c’est le moment où l’on commence à s’exposer au regard des autres, ceux qui ne vous connaissent pas et qui regardent votre œuvre sans être influencé par la relation personnelle qui les lie à vous. Des retours positifs par les proches et amis, sont bien évidemment encourageants, mais je ne peux pas m’empêcher de douter de leur sincérité car on se dit que par amitié ils vont toujours faire des remarques plaisantes.

 

RankArt : Artistiquement parlant, y a-t-il un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?

Yannick Mahé : De pouvoir vivre de l’art, c’est probablement le rêve de chaque artiste. Mais est-ce un rêve qui peut devenir réalité ? J’en doute fort car la majorité des artistes qui ont été depuis leur plus jeune âge dans ce milieu, n’ont pour la plupart pas la possibilité de vivre uniquement de leur art.

 

RankArt : Quelle est votre actualité artistique ? Quels sont vos projets artistiques ?

Yannick Mahé : Je commence maintenant à franchir une prochaine étape, notamment de promouvoir activement mes peintures à travers des expositions et d’étudier la question comment faire pour avoir un atelier personnel.

 

RankArt : Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus général, j’aime bien soumettre à nos artistes invités les questions un peu naïves du thème de l’ile déserte…

-Sur une île déserte vous emportez…

*Quel film ? L’enregistrement d’« Until the lions » d’Akram Khan

*Quel livre ? Ninth Street Women puisque ce livre est sur ma liste « à lire »

*Quelle musique ? « Majaz »  du Trio Joubran

*Quel objet ? Mon coté pratique me dit qu’un couteau pourrait bien servir

*Lequel de vos tableaux ? Je préférais amener une toile vierge pour y peindre

 

RankArt : Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?

Yannick Mahé : En fait, je n’ai pas fait beaucoup de voyages. Peut-être c’est mes peintures qui sont les voyages que j’apprécie le plus. Les voyages tels qu’ils se pratiquent aujourd’hui, à savoir de prendre l’avion pour passer quelques jours en touriste, intrus dans une autre culture ne m’attire pas du tout. Si je pense à un voyage que j’aimerais faire ce serait comme les aventuriers d’un siècle passé, ou il fallait prendre des années, sans savoir où on allait atterrir et en immersion dans la culture et en découverte de paysages sauvages.


RankArt : Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?

Yannick Mahé : Très jeune j’avais décidé de devenir océanographe, j’étais fasciné par les univers sous-marins dans les documentaires de Jacques Cousteau. Parler d'ambition n'est probablement pas adapté, il s'agit en fait plutôt d'envie ou de passion. Je trouve ça d'ailleurs très curieux de parler d'ambitions d'enfant... c'est plutôt les adultes qui sont animé par des ambitions. Dans mon cas, comme j’ai commencé mes études dans ma ville d’enfance qui se trouve très loin de la mer, je n’ai jamais atteint mon objectif initial. D'autres centres d'intérêt m'ont dévié de la trajectoire: la recherche en biologie moléculaire et cellulaire, puis le multimédia et le film d'animation pour la vulgarisation scientifique, aujourd'hui la peinture et demain qui sait…peut-être encore autre chose…

Merci Yannick !

Retrouvez Yannick Mahé sur son site Web et sa page Facebook.

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