Thomas Hucteau

Medeya: Pouvez-vous présenter l’artiste photographe que vous êtes en quelques mots?
Thomas Hucteau: Je suis ce qu'on pourrait appeler un photographe voyageur. Depuis mon premier voyage en solitaire où j'ai marché 300 km autour de Tromsø en Norvège, j'aime parcourir les grands espaces que ce soit à vélo ou en voiture. Aujourd'hui, j'ai parcouru 94 249 km en voiture et 3 577 à vélo, et j'ai toujours mon appareil photo dans les mains.

 

Medeya: Quel a été le parcours professionnel et artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste auteur-photographe?
Thomas Hucteau: Durant les voyages en famille, je m'occupais des photos, je m'amusais à découvrir ce mode d'expression et c'est vite devenu une passion. À la fin de mes études, je suis parti pour mon premier road trip de trois mois aux États-Unis. À mon retour, je suis retourné dans la salle où je faisais de l'escalade et en voyant les tableaux accrochés à l'accueil j'ai demandé si je pouvais exposer mes photos des États-Unis. Ça s'est fait. J'ai même vendu deux de mes photos et étant dans un moment un peu flou au niveau de mon travail d'ingénieur, je me suis lancé. J'ai commencé à imaginer, organiser un projet avec les voyages que je voulais absolument faire dans ma vie, et c'est parti ! Deux mois à vélo en Scandinavie, trois mois en Australie, trois mois au Canada/Alaska, 6 semaines en Guyane, le tout étalé sur deux ans pour avoir le temps de faire des expositions, d'écrire des articles dans la presse et aussi de faire des petits boulots pour financer ces voyages. Depuis, je fais tout pour faire découvrir mes photographies, et essayer de faire ressentir ce que j'ai moi-même vécu pendant les 330 jours que j'ai passé sur la Route.

 

Medeya: Qu’est ce qui, selon vous, vous a orienté vers la photographie plutôt qu’un autre mode d’expression ?
Thomas Hucteau: En fait, c'est venu très naturellement. Je n'ai jamais été doué en dessin et ce qui m'a toute de suite plu dans la photographie c'est l'infinité des possibilités de cadrage. J'ai rapidement joué avec les lignes en mettant l'horizon sur la diagonale mais aussi avec les couleurs des couchers de soleil ou les reflets des lumières des villes sur l'eau. J'aime le coté discret et protecteur d'un boitier collé à l'oeil, j'aime capturer l'étincelle d'un paysage ou la mimique, le regard d'un animal. J'essaie de capturer le moment idéal où l'univers marque un temps d'arrêt entre inspiration et expiration afin de faire respirer l'air que j'ai moi-même respiré pendant le cliché.

 

Medeya: Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos oeuvres photographiques à une personne qui ne les a jamais vues?
Thomas Hucteau: La création passe par le regard, les moments de recul, de tâtonnement, et de prise de distance avec la réalité. Être sur la Route développe un rapport particulier au temps, un temps qui s'écoule au fil des kilomètres et qui allonge chaque seconde. Les moments de contemplation deviennent plus longs. Finalement, le voyage libère les sens, l'esprit et il est bon de se perdre, d'aller au loin et de saisir des images à partir des formes, des lignes et de la lumière. Le voyage aiguise les perceptions, laisse libre cours à notre imaginaire et il m'arrive aussi de découvrir une photo une fois assis de fatigue sur un rocher. Prendre le temps de vagabonder, flâner, errer, déambuler, permet d'être réceptif et ouvert à la beauté naturelle qui nous entoure. L'immensité des espaces me fait vibrer. Au niveau de mon équipement, il est léger et simple, cela permet d'être libre de ses mouvements, d'être prêt au moment propice et de saisir rapidement ce qui se joue devant mon objectif. D'ailleurs je ne retouche pas mes images, je préfère garder l'aspect naturel des couleurs.

 

Medeya: Quel est le point de départ d’une photo (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça) ?
Thomas Hucteau: Sur la Route, le hasard joue une rôle important. C'est lui qui me fait me lever naturellement un
matin juste avant un magnifique lever de soleil, c'est lui qui me fait prendre telle ou telle route
pour m'offrir la chance d'observer trois grizzlys manger des baies sauvages, et c'est aussi lui
qui me fait être là à tel moment pour me montrer la beauté de notre Planète. Bien sûr, notre
propre imagination donne des idées de série ou de cadrage, mais le fait de prendre le temps de
voyager, d'errer de kilomètre en kilomètre, donne une dimension unique au paysage, même
les plus communs. Prendre le temps de regarder, de se mettre un peu en retrait et attendre que
quelqu'un ou quelque chose passe dans un cadre qui plait. Quand je photographie un paysage,
j'essaie de retransmettre son immensité, sa beauté, ses lignes qui donnent envie de se plonger
dans un long voyage ; saisir un instant et une émotion.

Medeya: Quel est votre plus fort souvenir d’auteur-photographe ?
Thomas Hucteau: Difficile comme question... Pendant mon dernier voyage, je suis allé en Alaska, j'ai roulé
jusqu'au bout de la Dalton Highway, j'ai marché jusqu'au bus 142 de Chris McCandless, j'ai
observé de nombreux ours noir et grizzlys,... et quand j'ai photographié ma première banquise,
le bus qui m'a tant fait rêver et mes rencontres avec les ours, l'émotion était très forte et restera à jamais gravée en moi.

 

Medeya: Avez-vous des activités qui gravitent autours de votre casquette d’auteurphotographe
?
Thomas Hucteau: Depuis maintenant deux ans, j'ai un site dédié à la photo, en plus de mon blog de voyage. Je cherche à faire un maximum d'expositions, à participer à des festivals, des concours photos et j'ai même fait les marchés de Noël pour la première fois. Aujourd'hui, je travaille sur la création de mon entreprise. Il y aura plein de choses autour du voyage avec des produits design, des vêtements originaux et bien sûr une partie avec mes photographies. Je prévois de lancer mon nouveau site internet en Septembre, affaire à suivre...

 

Medeya: Artistiquement parlant, y a-t-il un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?
Thomas Hucteau: Depuis que j'ai découvert 'Tara Expéditions', je rêve d'embarquer à bord lors d'une dérive coincé sur la banquise dans l'Arctique ! Vivre durant la nuit polaire sera forcement très intéressant pour la photo, et réaliser un travail de journaliste reporter d'images serait tellement enrichissant. Le Grand Nord me fait rêver, et vivre des expéditions au Pôle Nord serait plus que magique pour moi !


Medeya: Avez-vous une actualité artistique ? Si oui, quelle est-elle ? Quels sont vos projets ?
Thomas Hucteau: En ce moment, je prépare trois expositions qui auront lieu en mai et juin. Pour le festival 'le Mai Photographique' j'expose dans la ville de Fonsorbes et Léguevin. Et début Juin, j'expose dans la salle de mariage de la mairie d'Escalquens, où je vis. J'organise aussi, en plus du vernissage, une conférence d'une heure sur mon voyage en Australie avec 28 000 km
parcourus. Le mieux pour suivre mon actualité, c'est de vous s'inscrire à la newsletter sur
thomashucteau.com

 

Medeya: Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus générale, j’aime bien soumettre à nos artistes interviewés les questions un peu naïves du thème de l’ile déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? Forcément un film de voyageur, 'Tracks', 'Wild' ou 'Into the wild' bien sûr
*Quel livre ? Le premier livre que j'ai dévoré avec tant de plaisir c'était 'Les fourmis' de Bernard Werber
*Quelle musique ? J'ai une playlist 'Guitare planant' que j'adore écouter en voyage, avec 'Angus and Julia Stone', 'Kodaline', 'Half Moon Run' et d'autres...
*Quel objet ? Les conditions ne sont pas idéales pour un appareil photo alors je dirais de quoi écrire pour ne pas devenir fou et un couteau pour pouvoir créer n'importe quel objet
*Laquelle de vos photographies ? Pour s'évader, n'importe quelle photo de route qui file à l'infini à l'horizon, avec une préférence pour un décor en Alaska, ça apportera un peu de froid sur l'île haha

 

Medeya: Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?
Thomas Hucteau: Je suis attiré par les pays froids, alors après le Cap Nord et l'Alaska, j'aimerais découvrir l'Islande, le Groenland, le Spitzberg,... J'aimerais aussi faire le tour de l'Amérique du Sud sur un an, la tournée des villes d'Europe, aller de chez moi à St Petersburg, le lac Baïkal... Bref ce ne sont pas les idées de Voyage qui manquent ! J'ai aussi très envie de partir un bon mois voire plus en kayak, quelque part...

Medeya: Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?
Thomas Hucteau: Quand j'étais petit, je voulais devenir designer automobile, j'ai toujours eu un côté créatif mais le dessin n'était finalement pas pour moi. On me disait toujours que j'avais la tête dans les nuages, j'étais rêveur et observateur. Pendant mes études avec le projet du '4L Trophy', je me suis aperçu que tout était possible quand on s'y mettait à fond. Depuis, je fais tout pour réaliser mes rêves et mes projets !

 

Merci Thomas !
Retrouvez Thomas Hucteau sur son site Web, son Blog et sa page Facebook.

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